Les autres options impliquées dans le choix de la procréation
3 juin 2019
par Laura Lewis MD, CCFP
Le choix en matière de santé reproductive ne se résume pas à l'accès à l'avortement. Ce choix doit également impliquer un consentement pleinement éclairé, des alternatives à l'avortement et le respect de la légitimité dela décision de ne pas recourir àl'avortement.Si, en tant que nation, nous voulons défendre le droit des femmes au choix en matière de santé reproductive, nous devons également faire en sorte de soutenir ces autres options.
Chaque année, les centres d’aide à la grossesse partout au Canada viennent en aide à des milliers de personnes qui recherchent un soutien. Ce soutien peut prendre la forme d’une consultation pour discuter des options liées à la grossesse et des difficultés qui accompagnent souvent une grossesse non désirée. Il peut s’agir de participer à des programmes de préparation à la parentalité ou de recevoir du matériel pour celles et ceux qui choisissent d’élever leur enfant. D’autres encore peuvent rechercher un lieu sûr pour surmonter les émotions négatives qu’ils ressentent après un avortement. Les centres d’aide à la grossesse offrent un lieu où toutes ces formes de soutien sont disponibles et, ce faisant, constituent un élément important et indispensable du filet de sécurité dans de nombreuses communautés.
En tant que médecin, je comprends la nécessité d'une prise en charge réglementée, de la clarté dans la prestation des services et de l'importance des normes. Je sais également déjouer les manœuvres orchestrées par les défenseurs de l'avortement pour discréditer les centres d'accompagnement à la grossesse. Après avoir exercé en tant que médecin généraliste pendant 22 ans, j'ai pu constater et je sais à quel point les centres d'accompagnement à la grossesse locaux jouent un rôle essentiel pour aider les femmes à prendre leurs propres décisions en matière de santé reproductive, en toute connaissance de cause.

J'occupe actuellement le poste de directrice générale Assistance Grossesse Canada PCC). Nous sommes un organisme caritatif chrétien agréé qui regroupe, au niveau national, des centres d'accompagnement à la grossesse respectant les meilleures pratiques, et qui apporte son soutien à plus de 70 centres à travers le Canada. Nous cherchons sans cesse de nouveaux moyens d'aider nos centres affiliés à accomplir leur mission avec excellence. Cela passe par la formation et l'éducation, ainsi que par des normes qui reflètent notre conviction que les femmes ont le droit de prendre leur propre décision en matière de grossesse, en toute connaissance de cause. Le principal outil sur les options de grossesse recommandé aux centres a été examiné par 45 professionnels de la santé. Il couvre l’avortement, l’adoption et la parentalité. Nos centres de soins de grossesse affiliés qui fournissent des services de santé sont également réglementés par leurs ordres provinciaux des médecins et des infirmières.Nous veillons à ce que nos informations soient médicalement exactes. PCCcontinue de rechercher de nouvelles façons de normaliser les soins prodigués et de développer des outils pour faciliter ces soins.
Puisque nous parlons de réglementation, je m'interroge sur les dispositions en vigueur concernant la pratique de l'avortement. Les études soulignent l'importance d'une décision de grossesse prise en toute connaissance de cause pour aider à atténuer les conséquences émotionnelles négatives. Les femmes qui prennent la décision d'avorter dans un climat d'incertitude ou sous la contrainte courent un risque plus élevé de ressentir des émotions négatives après leur avortement. Cepoint est d'ailleurs mentionné dans le manuel de la National Abortion Federation destiné aux praticiens de l'avortement.1
Dans un article publié dans le *Journal of American Physicians and Surgeons* intitulé «Les femmes ayant souffert émotionnellement à la suite d’un avortement : une synthèse qualitative de leurs expériences»² , lesauteurs ont interrogé 987 femmes qui avaient contacté des centres d’aide aux femmes enceintes en situation de crise pour bénéficier d’un accompagnement post-avortement. Voici quelques-unes des conclusions de cette étude :
- 58,3 % des femmes ont déclaré avoir avorté pour faire plaisir à leur entourage
- 73,8 % ont subi une forme de pression de la part d'autrui pour qu'elles avortent
- 28,4 % ont avorté par crainte de perdre leur partenaire
- 66 % ont déclaré qu'elles savaient au fond d'elles-mêmes qu'elles commettaient une erreur lorsqu'elles ont subi cet avortement
- 67,5 % ont déclaré que la décision d'avorter avait été l'une des plus difficiles de leur vie
C'est une information importante qui devrait nous faire réfléchir.
Quelles mesures de protection ou réglementations sont en place pour garantir qu'aucune femme ne soit contrainte de subir un avortement non désiré ? Je suis certaine que certains médecins et praticiens de l'avortement s'acquittent bien de leur tâche, mais malheureusement, nous connaissons de nombreuses femmes qui ont déclaré avoir subi des pressions, ne pas avoir été écoutées ou ne pas s'être vu proposer d'autres options – que ce soit de la part de leur partenaire, de leurs parents ou même de leur médecin.
Qu'en est-il du consentement éclairé ? Unextrait del'Association canadienne de protection médicale (ACPM) mentionne ce qui suit concernant le consentement :
« …[le consentement] doit répondre à certaines conditions. Il doit avoir étédonné librement, le patient doit avoir eu lacapacitédeconsentir et il doit avoir été dûmentinformé. Les patients doivent toujours être libres d'accepter ou de refuser un traitement et ne doivent subir aucune forme de contrainte ou de pression. »
Et qu'en est-il du consentement lorsque la jeune femme est mineure ? Quel est l'âge minimum requis pour consentir à une intervention médicale ?
« L’âge légal de la majorité n’est plus guère pertinent pour déterminer à partir de quand un jeune peut consentir à un traitement médical. La notion de maturité a remplacé l’âge chronologique, sauf au Québec, où l’âge du consentement est fixé à 14 ans et plus. »CMPA
À l'heure actuelle, la seule condition requise pour obtenir le consentement médical à un avortement est que, de l'avis du médecin, la patiente comprenne l'intervention et ce à quoi elle consent. Si le médecin estime qu'une jeune fille de 13 ans est suffisamment mûre pour saisir la portée de sa décision et l'impact que ce choix aura sur sa vie, cela suffit.
Il n'y a pas d'autres exigences ni de réglementations. Il n'ya pas d'obligation de formation ou d'accompagnement psychologique, ni de délai d'attente. Et pourtant, même la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) précise qu'aucune femme ne devrait se voir prescrire la pilule abortive si elle est indécise ou si elle a des sentiments mitigés quant à sa décision. Sur le plan médical, cela est considéré comme unecontre-indication absolue etexige que les soins prodigués comprennent une prise en chargeautre quel'avortement.
Nous devons garder à l’esprit que ce sont des personnes qui sont au cœur de ces débats –des personnes bien réelles qui se sentent souvent piégées, dépassées, désorientées et blessées. Nous vivons dans un pays démocratique qui fait de la diversité une valeur nationale. J’apprécie cela, et je demande que cette valeur nationale s’applique également au débat sur l’avortement, fortement politisé et souvent toxique. Alors que nous faisons place à la diversité des visions du monde, intégrons cette diversité dans les options en matière de santé reproductive proposées aux femmes.
1PaulM, Lichtenberg S, Borgatta L, et al.Prise en charge des grossesses non désirées et anormales : prise en charge globale de l'avortement. Surrey, Royaume-Uni : Wiley-Blackwell ; 2009.
2PriscillaK. Coleman, docteur en sciencesKaitlyn Boswell, titulaire d'une licence en sciencesKatrina Etzkorn, titulaire d'une licence en sciencesRachel Turnwald, titulaire d'une licence en sciences
